Le grand Sarkozy-le-« prisonnier » : une exception carcérale sur-mesure

Couloir de prison vide et impeccable, symbole d’une détention sous contrôle.
Couloir de prison vide et impeccable, symbole d’une détention sous contrôle.

Oh, quel spectacle : Nicolas Sarkozy, l’ancien président qui passe d’une vie entre palais, villas et événements mondains… face au « dur quotidien » de la prison. Trois semaines à la Santé, et déjà il écrit un livre comme s’il avait traversé l’Enfer. Quelle bravoure. Quelle souffrance. Enfin… approximativement.

Isolement… mais version tutti frutti

Sarkozy raconte que c’était « très dur », « un cauchemar », « éreintant » d’être enfermé 24 heures sur 24 dans sa cellule. Ce qu’il oublie volontiers de préciser, c’est qu’il était seul, en isolement, accompagné de deux policiers spécialement affectés à sa sécurité. Deux gardes du corps à la porte, autant dire un sas VIP plus qu’un face-à-face avec la réalité carcérale.

Résultat : pas d’autres détenus, pas de tensions en promenade, pas d’insultes, pas de cohue, pas d’agressions. Juste lui, dans un cocon surprotégé. Une prison sur-mesure, calibrée pour éviter toute interaction « imprévisible ». Quel courage.

Les privilèges ordinaires… et les autres

Sarkozy occupe une cellule d’environ 9 m². Typique de la Santé rénovée. Un lit, un bureau, une douche, un téléphone fixe avec numéros autorisés. Rien d’exotique, mais rien non plus d’apocalyptique.

Il a droit à trois parloirs hebdomadaires, comme la loi le prévoit, mais bénéficie de créneaux modulés quand il reçoit la visite de Carla Bruni, pour ne pas la faire patienter dans les mêmes files que les familles de détenus ordinaires. Deux cellules autour de la sienne sont laissées vides pour « garantir sa sécurité ». Une prison, oui, mais une prison avec périmètre réservé.

Promenades, lectures et confort calibré

En isolement, Sarkozy a droit à ses promenades quotidiennes. Certains évoquent même des créneaux supplémentaires. On est loin de la promiscuité classique. Et pour passer le temps, il a emporté des livres : une biographie de Jésus, le comte de Monte-Cristo. Les grandes références spirituelles, parfaites pour une introspection express.

Il peut louer un frigo, une télévision, acheter de la nourriture à la cantine de la prison. De quoi transformer l’ennui en petit confort, loin de la frustration des détenus qui ne peuvent même pas cantiner faute d’argent.

Visites : où l’égalité prend une tournure créative.

En théorie, un prévenu bénéficie de trois parloirs par semaine. Dans les faits, Sarkozy en reçoit quatre, et les visites durent environ une heure. Pas 30 minutes. Pas 45. Une heure. Et surtout, sans être mélangé au flux des familles qui attendent debout dans les couloirs. Encore une fois : tout comme les autres, mais un tout petit peu mieux.

Le « cauchemar » mis en livre… en 20 jours

À peine sorti après trois semaines, Sarkozy annonce un livre : Le journal d’un prisonnier. Trois semaines qui ont manifestement suffi à le transformer en témoin officiel du monde carcéral.

Il écrit que « la prison est un lieu vide », « bruyant », « fatigant », et que « la vie intérieure se fortifie ». Poétique. Spirituel. On croirait lire le compte rendu d’un séminaire de développement personnel, version cellule sécurisée.

En résumé : la prison, modèle « Sarko Palace »

Isolement sécurisé : validé.
Gardes permanents : validé.
Horaires aménagés : validé.
Cellule fonctionnelle : validé.
Introspection croustillante pour éditeur enthousiaste : triple validé.

Alors oui, il a « connu la prison ». Mais dans une version premium, soigneusement encapsulée, inaccessible au commun des détenus. De là à dire qu’il a vécu l’enfer, il reste une marge gigantesque, que seule la communication politique et le marketing éditorial peuvent combler.

Sarkozy n’a pas connu la France d’en bas depuis longtemps. Mais il connaît désormais la prison… en version privilège. Et dans ce pays, parfois, le privilège a simplement changé de barreaux.


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