Série « Elles ont désobéi : Portraits de femmes libres au XIXe siècle »
« Ain’t I a Woman? »
— Sojourner Truth, 1851
Née esclave, analphabète, noire, femme… tout semblait destiné à faire taire Sojourner Truth. Mais elle a parlé. Partout. Devant des foules hostiles, dans les églises, les assemblées, les rues. Elle a porté une voix que personne ne voulait entendre, et elle l’a fait tonner dans l’histoire.
Contexte historique
Nous sommes en Amérique, au milieu du XIXe siècle. L’esclavage sévit encore dans le Sud. Les femmes — blanches comme noires — n’ont aucun droit civique. La lutte féministe est balbutiante, souvent excluante envers les femmes noires. Dans ce contexte, Sojourner Truth va incarner une parole libre, militante, puissante, à l’intersection des combats.
Une vie en résistance
Née Isabella Baumfree en 1797 dans l’État de New York, elle est vendue à neuf ans. Battue, violée, séparée de ses enfants. À 30 ans, elle s’enfuit, et gagne sa liberté. Elle prend alors le nom de Sojourner Truth — littéralement « celle qui parcourt la vérité ».
Chrétienne mystique et ardente abolitionniste, elle devient une oratrice autodidacte redoutée et respectée. En 1851, elle prononce un discours devenu légendaire au Women’s Convention d’Akron (Ohio) : « Ain’t I a Woman? » — un cri contre le racisme au sein du féminisme.
Ce qu’elle a osé
- Elle a pris la parole, seule, dans l’espace public — un acte radical pour une femme noire.
- Elle a dénoncé à la fois l’esclavage et le sexisme, liant les deux oppressions dans une même lutte.
- Elle a refusé de se taire, malgré les menaces, les moqueries, la violence symbolique et physique.
- Elle a défendu les anciens esclaves pendant la guerre de Sécession, et réclamé des terres pour eux après l’abolition.
Ce qu’elle disait
« J’ai porté treize enfants, et vu la plupart vendus comme esclaves. Et quand je criais avec le deuil de ma mère, personne, sauf Jésus ne m’a entendue… Et n’suis-je pas une femme ? »
« La vérité est puissante, et elle prévaudra. »
Pourquoi elle nous parle encore ?
Parce qu’elle a parlé là où on attendait qu’elle baisse les yeux. Parce qu’elle a incarné la désobéissance par la parole, une arme interdite aux femmes noires. Parce qu’elle a lié race, classe et genre bien avant que l’on parle d’intersectionnalité. Parce qu’elle nous oblige, encore aujourd’hui, à écouter celles qu’on préfère oublier.

