Le masculinisme : un panorama détaillé du mouvement, de ses origines à ses formes les plus radicales

« La montée du masculinisme : un mouvement identitaire agressif se dessine dans l’ombre. »
« La montée du masculinisme : un mouvement identitaire agressif se dessine dans l’ombre. »

Le masculinisme est un terme aussi polysémique que polémique. À première vue, il désigne un ensemble de courants de pensée, de revendications sociales et de discours militants centrés sur la défense des droits et des intérêts des hommes, dans des sociétés perçues comme de plus en plus sensibles aux problématiques féminines, voire comme discriminatoires à l’égard du masculin. Mais derrière cette définition apparemment neutre se cache une nébuleuse idéologique aux contours mouvants, marquée par une grande diversité d’acteurs, de motivations et de postures vis-à-vis du féminisme.

Là où certains voient dans le masculinisme une réaction légitime à certaines dérives ou angles morts du féminisme institutionnel, d’autres y lisent la résurgence d’un ordre patriarcal en quête de légitimation nouvelle, parfois maquillé sous les traits d’une défense des hommes. Car le masculinisme n’est pas un bloc homogène : il oscille entre des formes modérées et réformistes, centrées sur des thématiques concrètes (paternité, santé masculine, stéréotypes de genre), et des courants radicaux, nourris par la rancœur, l’hostilité envers les femmes ou la crainte d’une perte de pouvoir symbolique.

Né dans l’ombre du féminisme de la deuxième vague, le masculinisme s’est structuré dans les années 1970 et 1980, souvent en miroir ou en opposition au féminisme. Depuis, il a connu des mutations majeures, portées par l’émergence d’Internet, la montée en puissance des forums masculinistes, la diffusion virale de récits victimaires et une radicalisation croissante dans certains espaces numériques.

Ce panorama propose un voyage à travers les strates successives du masculinisme, depuis ses formes traditionnelles et parfois méconnues jusqu’aux mouvements les plus extrêmes et controversés. En examinant ses origines historiques, ses champs de bataille idéologiques, ses figures influentes et ses déclinaisons contemporaines — telles que les MRA (Men’s Rights Activists), le mouvement MGTOW (Men Going Their Own Way) ou encore la sphère des pick-up artists — il s’agira de mieux comprendre les ressorts profonds de cette réaction identitaire masculine.

Enfin, ce parcours sera aussi l’occasion de revenir sur les critiques, parfois virulentes, que ces mouvements suscitent, qu’elles viennent des milieux féministes, des sciences sociales ou même d’une frange d’hommes refusant d’être instrumentalisés par des discours haineux. Car au-delà des slogans et des querelles de genre, ce sont les contours même de la masculinité contemporaine qui se trouvent en jeu — entre crise, réinvention et résistances.

1. Les origines du masculinisme « traditionnel » : défense des droits des hommes

Le masculinisme, en tant que discours structuré, prend son essor dans les années 1970, dans le sillage direct des grandes transformations sociales impulsées par la seconde vague féministe. Cette dernière remet profondément en question les rôles sexués traditionnels, la hiérarchie des genres et les privilèges associés à la masculinité dominante. Face à ce mouvement de libération des femmes, certains hommes réagissent en exprimant un sentiment de mise à l’écart, voire de déclassement symbolique. C’est dans cette dynamique que s’ancre le masculinisme « traditionnel », dont les premiers porte-voix se situent souvent dans des cercles universitaires, religieux ou associatifs.

Plutôt que de remettre en cause frontalement les revendications féministes, ces premiers groupes masculinistes cherchent à recentrer l’attention sur des problématiques qu’ils estiment négligées : les difficultés spécifiques vécues par les hommes dans un monde en mutation. Ils se veulent les porte-parole d’une parole masculine minorée, parfois réduite au silence dans un contexte qu’ils perçoivent comme de plus en plus hostile au masculin.

Leurs revendications se cristallisent autour de quatre axes principaux :

D’abord, la question des droits parentaux devient un cheval de bataille. De nombreux pères, notamment divorcés ou séparés, dénoncent un déséquilibre dans les décisions judiciaires concernant la garde des enfants. Ils pointent du doigt une présomption maternelle implicite, qui ferait obstacle à une réelle coparentalité. Leur combat s’inscrit dans une volonté de rééquilibrer les responsabilités éducatives et d’obtenir une reconnaissance plus juste du rôle paternel, au-delà de la figure du pourvoyeur économique.

Ensuite, ces groupes mettent en lumière les stéréotypes pesant sur les hommes. La figure du mâle viril, stoïque, invulnérable est décrite comme une injonction délétère, source de souffrance psychologique, de solitude émotionnelle et, dans les cas extrêmes, de détresse suicidaire. Le masculinisme traditionnel propose alors une critique des normes de virilité, mais sans toujours interroger en profondeur les privilèges de genre qui leur sont associés.

Autre domaine central : la santé masculine. Les masculinistes déplorent un déficit d’attention publique et institutionnelle sur les problématiques sanitaires spécifiques aux hommes, qu’il s’agisse de maladies cardio-vasculaires, de cancers masculins (prostate, testicules), ou de santé mentale. Ils estiment que les politiques de santé sont trop centrées sur les enjeux féminins, en particulier la santé reproductive, et que les hommes ne sont pas encouragés à prendre soin d’eux-mêmes.

Enfin, la dénonciation de certaines formes de discrimination à l’encontre des hommes apparaît comme un motif récurrent. Sur le plan juridique ou professionnel, ils évoquent des situations où les hommes seraient défavorisés : absence de congé paternité adapté, tabou autour du harcèlement sexuel subi par des hommes, préjugés dans le traitement des violences conjugales, voire peines judiciaires plus sévères. Ces éléments nourrissent un discours de rééquilibrage plutôt que de domination, du moins dans les formes modérées du mouvement.

Ces revendications traditionnelles, portées par des associations de pères, des cercles de parole masculins ou des tribunes dans la presse, ne cherchent pas nécessairement à affronter le féminisme, mais à revendiquer une place pour une parole masculine réaffirmée dans un monde en reconfiguration. Ce masculinisme « première génération » se caractérise ainsi par une volonté de reconnaissance, plus que par une logique de confrontation. C’est dans les décennies suivantes, notamment à travers Internet et les forums numériques, que cette logique prendra un tout autre visage.

2. Les développements du masculinisme contemporain : diversification et politisation

Au tournant des années 1990, le masculinisme connaît une mutation majeure avec l’émergence des Men’s Rights Activists (MRA), en particulier dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, Australie). Ces nouveaux collectifs se dotent progressivement d’associations formelles, d’outils médiatiques et d’un discours politique visant à faire reconnaître des revendications masculines spécifiques par les institutions publiques et la justice.

● Naissance du MRA et structuration politique

L’une des figures intellectuelles les plus influentes du mouvement est Warren Farrell, ancien militant féministe devenu critique du féminisme. Son ouvrage de 1993 The Myth of Male Power pose les fondements de l’argumentaire MRA en affirmant que les hommes souffrent d’une oppression comparable à celle des femmes, voire plus dans certains domaines (TIME, Southern Poverty Law Center). Des organisations comme la National Coalition for Men, fondée en 1977, se parent d’une modération affichée et revendiquent une posture apolitique, tout en plaidant pour les droits paternels et la reconnaissance des difficultés masculines (Wikipédia).

● Revendications au cœur des discours MRA

Les MRA articulent leurs demandes autour de plusieurs axes principaux :

  • la révision des lois sur la garde des enfants, dénonçant un système jugé biaisé en faveur des mères ;
  • la reconnaissance des violences faites aux hommes, souvent minorées dans les discours publics ;
  • la critique de certains aspects du féminisme considérés comme excessifs ou favorisant une discrimination positive envers les femmes ;
  • la dénonciation d’une supposée réponse institutionnelle déséquilibrée et partiale en faveur de la femme ( Wikipédia).

● Internet : l’amplificateur des discours masculinistes

Avec l’avènement du web 2.0, des sites comme A Voice for Men fondé en 2009 offrent une visibilité globale à la mouvance. Leurs responsables affirment attirer chaque jour des dizaines de milliers de visiteurs. Ces plateformes facilitent la diffusion d’un discours revendicatif mais également polémique, parfois mêlé à des tonalités misogynes voire extrémistes.

● Un mouvement fragmenté : modérés versus radicalisés

La mouvance MRA n’est pas homogène. Elle se divise en deux grandes sensibilités :

  • d’un côté, des groupes modérés qui plaident pour des réformes pragmatiques sur les droits parentaux, la santé des hommes ou l’éducation, sans rejeter les objectifs des féminismes pour autant ;
  • de l’autre, des groupes plus radicaux qui accusent le féminisme d’être en guerre contre les hommes, dénoncent la « misandrie », et voient dans le féminisme non plus un partenaire, mais un ennemi à combattre (Wikipédia).

Certaines franges critiques du mouvement identifient dans cette radicalisation un terreau favorable à l’extrême droite ou aux idéologies réactionnaires. Des recherches universitaires montrent que certains utilisateurs actifs dans la « manosphere » migrent vers des contenus d’extrême droite, surtout sur des plateformes comme Reddit ou YouTube.

● Réception et critiques

Le mouvement MRA a suscité des réactions critiques virulentes. Le Southern Poverty Law Center l’a notamment identifié comme un mouvement ayant attiré des éléments extrêmes propices à la haine envers les femmes et la violence. Des journalistes présents aux conférences MRA ont relevé un climat souvent hostile au féminisme, malgré une volonté affichée de légitimer les revendications masculines.

Des observateurs issus des communautés féministes ou universitaires dénoncent une instrumentalisation des problèmes masculins pour délégitimer le féminisme, et signalent que de nombreuses revendications relèvent davantage d’une posture victimaire que d’une volonté constructive.

Paradoxalement, certaines voix au sein même du MRA appellent à une collaboration avec les féminismes pour porter ensemble les questions de genre. Elles estiment que le vrai objectif serait une alliance égalitaire plutôt qu’un affrontement identitaire.

3. Les courants extrêmes : MGTOW, pick-up artists et virage misogyne

Si le masculinisme traditionnel et les MRA s’inscrivent encore dans une logique de revendication politique ou sociale, une partie du mouvement a progressivement glissé vers des formes plus radicales, désenchantées voire hostiles aux femmes et au féminisme. Cette radicalisation a été facilitée par Internet et ses forums anonymes, où se développent des sous-cultures numériques nourries par la défiance, l’amertume ou la rupture complète avec les normes relationnelles et sociales dominantes. Parmi ces courants, deux se distinguent : le mouvement MGTOW et la sphère des pick-up artists.

3.1. Le mouvement MGTOW : le retrait comme réponse

Le sigle MGTOW, pour Men Going Their Own Way (les hommes qui suivent leur propre voie), désigne une communauté d’hommes prônant le retrait volontaire de toute relation durable avec les femmes, qu’il s’agisse du couple, du mariage ou de la parentalité. Ce retrait n’est pas présenté comme une fuite, mais comme un acte de résistance : refuser un système perçu comme injuste, dans lequel les hommes seraient systématiquement perdants que ce soit en cas de divorce, d’accusations de violences, ou dans la gestion des responsabilités familiales.

Les MGTOW rejettent en bloc l’idée que les relations hétérosexuelles puissent être équilibrées. Pour eux, la société serait entièrement organisée autour des besoins et des désirs féminins, reléguant les hommes à un rôle d’outils jetables. Cette perception du monde s’appuie sur un mélange d’anecdotes personnelles, de généralisations extrêmes et de récits victimaires amplifiés.

Le discours MGTOW se construit donc autour de plusieurs piliers :

  • Un refus du mariage, vu comme un piège juridique pour les hommes ;
  • Un rejet du féminisme, accusé d’avoir affaibli l’autorité masculine ;
  • Une dénonciation de la sexualité contemporaine, perçue comme dominée par l’hypergamie féminine (les femmes choisiraient uniquement les hommes les plus riches ou les plus puissants) ;
  • Une glorification de la vie sans femme, supposée plus libre, plus rationnelle, plus productive.

Loin de proposer des solutions collectives, le MGTOW érige l’isolement volontaire en mode de vie. C’est une forme d’anarchisme masculin, désengagé du contrat social, qui résonne avec certaines figures du survivalisme, du libertarianisme ou du complotisme.

3.2. La sphère des pick-up artists : domination et manipulation

À l’opposé apparent des MGTOW, mais en réalité souvent issue du même terreau idéologique, la communauté des pick-up artists (ou PUA) s’est développée dans les années 2000 comme une école de séduction agressive, codifiée, presque militarisée. Son objectif : apprendre aux hommes à séduire les femmes non pas par affection ou désir de relation, mais comme un jeu de pouvoir, une conquête, voire une revanche.

Popularisé par des figures comme Neil Strauss (The Game) ou Mystery, ce courant prétend fournir aux hommes des techniques pour surmonter leur timidité, maximiser leur attractivité et obtenir des relations sexuelles fréquentes. Mais derrière ce vernis pseudo-psychologique se cache souvent une vision profondément utilitariste et déshumanisante des relations : la femme y devient un objectif à atteindre, non une personne à rencontrer.

Les discours PUA reposent sur des principes-clés :

  • Les femmes seraient toutes attirées par les mâles dominants ;
  • Les hommes doivent apprendre à les manipuler par des routines, du langage corporel, ou des stratégies psychologiques ;
  • L’empathie ou le respect seraient contre-productifs : seule la maîtrise sociale et la dominance garantiraient le succès.

Ce modèle de la séduction comme performance virile alimente une masculinité anxieuse, obsédée par les apparences, la hiérarchie entre hommes, et la validation par la conquête sexuelle. Il est aussi étroitement lié à des discours antiféministes, certains PUA dénonçant la perte de virilité naturelle dans les sociétés modernes, qu’ils imputent à l’égalitarisme.

3.3. Vers une convergence toxique : incels, manosphère et extrémisme en ligne

À la croisée de ces deux mondes, retrait misanthrope et domination stratégique, s’est développée une nébuleuse plus large : la manosphère. Ce terme désigne l’ensemble des communautés masculines actives en ligne, où circulent des discours victimaires, antiféministes, misogynes et parfois violents.

On y retrouve :

  • Des incels (involuntary celibates), hommes célibataires involontaires qui nourrissent une haine envers les femmes jugées responsables de leur frustration sexuelle ;
  • Des activistes radicaux prônant un retour à un ordre patriarcal fort ;
  • Des figures médiatiques qui monétisent la colère masculine via des chaînes YouTube ou des forums, parfois en lien avec des sphères complotistes ou d’extrême droite.

Dans certains cas extrêmes, cette radicalisation a conduit à des actes de violence : les tueries perpétrées par Elliot Rodger (2014) ou Alek Minassian (2018), qui se revendiquaient d’une idéologie incel, ont montré les dérives possibles d’un discours nourri d’isolement, de rancœur et de déshumanisation.

4. Les critiques du masculinisme

a. Une minimisation des inégalités structurelles entre les sexes

L’un des reproches majeurs adressés au mouvement masculiniste, y compris dans ses formes modérées, réside dans sa tendance à invisibiliser ou relativiser les inégalités systémiques qui continuent d’affecter les femmes dans la plupart des sociétés contemporaines. Si certaines revendications des hommes peuvent être légitimes (concernant par exemple la santé mentale, les stéréotypes éducatifs ou la garde des enfants), elles sont parfois présentées comme équivalentes voire supérieures aux discriminations dont sont victimes les femmes.
Or, les données sur les écarts de salaires, les violences sexistes, la sous-représentation des femmes dans les sphères de pouvoir ou encore la charge mentale démontrent que les déséquilibres structurels restent massivement en défaveur des femmes. En ce sens, les discours masculinistes peuvent apparaître comme un écran de fumée occultant des enjeux cruciaux d’égalité.

b. Une posture victimaire qui entrave le dialogue

Le discours masculiniste adopte fréquemment une posture de repli sur une identité masculine perçue comme menacée ou marginalisée. Ce sentiment d’homme en danger, nourri par certaines expériences vécues (procédures judiciaires jugées injustes, invisibilisation de la souffrance masculine, normes de virilité pesantes), alimente une rhétorique de victimisation.
Mais ce discours, lorsqu’il devient systématique, tend à produire une logique de concurrence victimaire avec les femmes plutôt qu’une réflexion conjointe sur les rapports sociaux de sexe. Il oppose les droits des uns à ceux des autres au lieu de penser l’égalité comme un bénéfice commun. Cette logique d’affrontement, parfois alimentée par les réseaux sociaux, peut enfermer les individus dans des identités rigides et des récits de ressentiment.

c. Le risque de radicalisation idéologique

Si le masculinisme modéré reste dans le champ du débat démocratique, ses formes les plus extrêmes notamment incarnées par des figures influentes sur internet comme certains influenceurs de la « manosphère », franchissent parfois la ligne rouge du discours haineux. Certains sites, forums ou chaînes YouTube propagent des idées misogynes, essentialisent les comportements féminins et masculins, et appellent à la reconquête virile contre ce qu’ils nomment l’ordre féministe.
Ces idéologies peuvent créer des écosystèmes fermés, propices à la radicalisation. Dans certains cas, elles ont même nourri des actes de violence, comme chez certains membres du mouvement « incel » (célibataires involontaires), dont plusieurs auteurs d’attentats ont revendiqué une haine des femmes.
Ces dérives posent un véritable enjeu sociétal, notamment en ce qu’elles attirent parfois des jeunes hommes en quête de repères identitaires, dans un monde où les normes de genre sont en transformation.

d. Une instrumentalisation politique croissante

Enfin, certains partis ou figures politiques ont pu récupérer le discours masculiniste pour nourrir des stratégies populistes ou réactionnaires. En se posant comme les défenseurs d’une virilité en danger ou d’un ordre naturel des sexes, ces discours peuvent alimenter des reculs en matière de droits des femmes, au nom d’un prétendu rééquilibrage.
Dans ce contexte, le masculinisme n’est plus seulement une critique du féminisme : il devient un vecteur de restauration conservatrice, voire d’autoritarisme sexuel et social.

5. Perspectives et enjeux pour une approche non antagoniste des masculinités

Face aux tensions entre mouvements féministes et courants masculinistes, une approche renouvelée des masculinités s’impose comme un levier essentiel pour sortir des logiques d’opposition. Loin de nier les discriminations subies par les femmes, cette démarche cherche à inclure les hommes dans une réflexion critique sur les normes de genre, en interrogeant aussi leurs propres vulnérabilités.

Déconstruire la masculinité hégémonique

Il s’agit d’abord de remettre en cause le modèle dominant de virilité, fondé sur la force, le pouvoir, le contrôle émotionnel et l’invulnérabilité. Cette construction sociale nuit autant aux femmes qu’aux hommes : elle favorise des comportements de domination et de violence, mais empêche aussi les hommes d’exprimer librement leurs émotions, de demander de l’aide ou de s’impliquer dans des rôles perçus comme féminins (éducation, soin, etc.).

Vers des masculinités plurielles

Des courants tels que les pro-féminist men, les hommes alliés ou les initiatives de rééducation aux masculinités (ateliers de parole, podcasts, recherches en sociologie du genre) participent à faire émerger des figures masculines alternatives, ouvertes à la remise en question des privilèges tout en explorant d’autres manières d’être homme. Il ne s’agit pas de culpabiliser les hommes, mais de les inviter à devenir acteurs d’une transformation sociale partagée.

Intégrer les hommes dans les luttes pour l’égalité

Les politiques publiques et éducatives ont un rôle à jouer dans cette mutation : campagnes de sensibilisation aux violences sexistes incluant les hommes comme parties prenantes, programmes scolaires sur les stéréotypes de genre, encouragement à la paternité active, prévention du décrochage scolaire masculin dans certains milieux. Autant d’initiatives qui peuvent nourrir un espace commun.

Une approche intersectionnelle nécessaire

Enfin, penser les masculinités de façon non antagoniste suppose de tenir compte des inégalités croisées (classe sociale, origine, orientation sexuelle, situation de handicap, etc.). On ne vit pas la masculinité de la même manière selon qu’on est un jeune homme blanc diplômé ou un ouvrier racisé. Cette diversité des expériences appelle une écoute attentive et des réponses différenciées.

Conclusion – Repenser les masculinités sans retour en arrière

Le paysage des masculinités contemporaines est traversé de tensions, d’inquiétudes et de crispations. Du masculinisme traditionnel à ses formes les plus radicales, en passant par les nouvelles figures virilistes ou réactionnaires, les discours sur « la crise des hommes » dessinent moins un projet d’émancipation qu’un repli identitaire face aux avancées féministes.

Ces mouvements, sous couvert de défendre les droits des hommes, opèrent souvent une rhétorique de l’inversion victimaire, invisibilisant les rapports de pouvoir qui structurent encore nos sociétés. En essentialisant les genres, ils empêchent toute évolution véritable des rôles masculins, et alimentent une guerre des sexes qui ne profite à personne.

Mais au-delà de ces oppositions stériles, d’autres voies s’esquissent : celles d’hommes qui refusent de se poser en victimes ou en dominants, et qui s’engagent à déconstruire les stéréotypes virils pour participer à une société plus égalitaire.

Il ne s’agit pas de « faire taire les hommes » ou de nier les difficultés spécifiques qu’ils peuvent rencontrer, mais de repenser ensemble ce que signifie « être un homme » dans un monde en transformation. Un monde où les masculinités plurielles, conscientes de leurs privilèges mais aussi de leurs fragilités, pourraient enfin s’inscrire dans un dialogue non antagoniste avec les luttes féministes.

Repenser les masculinités n’est pas une guerre à mener, mais un chantier commun à ouvrir.

À lire pour aller plus loin

  • « La Domination masculine » — Pierre Bourdieu (1998)
    Un classique incontournable qui analyse les mécanismes sociaux à l’origine de la domination des hommes sur les femmes, en dévoilant les structures et les normes qui perpétuent les inégalités de genre.
  • « Les hommes expliqués aux femmes » — Sylvain Bourmeau (2017)
    Une réflexion accessible et contemporaine sur les masculinités, leurs évolutions et les stéréotypes, offrant des pistes pour comprendre les difficultés que rencontrent aujourd’hui les hommes dans leurs identités.
  • « Masculin/Féminin : Les identités sexuelles à l’épreuve de la différence » — Christine Delphy et Élisabeth Roudinesco (2005)
    Un ouvrage collectif qui interroge les constructions sociales des sexes et explore les rapports de pouvoir entre hommes et femmes, dans une perspective féministe critique.

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