La performance : faut-il être excellent partout ?

La performance : faut-il être excellent partout ?
Toujours avancer, toujours produire… mais vers quoi exactement ?

Les mots qui nous gouvernent est une série d’articles qui interroge les mots devenus évidents dans nos sociétés. Derrière leur apparente neutralité se cachent souvent des visions du monde, des rapports de pouvoir et des façons d’organiser nos vies.

Nous vivons dans une époque obsédée par la performance. Il faut être performant au travail, dans sa vie de couple, dans son corps, dans sa parentalité, dans ses loisirs, jusque dans son sommeil. Être « moyen » semble presque devenu une faute.

Mais cette quête permanente d’excellence nous rend-elle réellement meilleurs ?
Et si le mot performance cachait surtout une nouvelle manière de nous pousser à toujours faire plus ?

Pourquoi ce mot semble évident

À première vue, la performance paraît positive. Qui serait contre l’idée de progresser, de donner le meilleur de soi-même ou de réussir ses objectifs ?

Dans le sport, la performance fascine. À l’école, elle est mesurée par les notes. Au travail, par les résultats, les chiffres, les objectifs atteints. Même nos montres connectées évaluent désormais notre sommeil, nos pas, notre fréquence cardiaque.

Le mot semble logique dans un monde compétitif. Il évoque le mérite, l’efficacité, la réussite.

Après tout, vouloir s’améliorer paraît sain.

Mais depuis quand doit-on être performant dans absolument tous les domaines de sa vie ?

Ce que la performance cache vraiment

Derrière ce mot apparemment neutre se cache une pression immense.

La performance transforme progressivement nos existences en projets à optimiser :

  • Mieux travailler, mieux manger, mieux aimer, mieux éduquer ses enfants, mieux gérer ses émotions, mieux vieillir.

Le problème n’est plus seulement de vivre, mais de réussir sa vie comme un tableau Excel. L’échec, le doute, le repos, les détours deviennent suspects. La fatigue elle-même semble parfois vécue comme un défaut personnel.

Nous ne sommes plus uniquement évalués par les autres : nous nous évaluons en permanence nous-mêmes. La performance devient alors une discipline invisible. Nous intégrons les exigences du système jusqu’à nous surveiller seuls.

Toujours plus vite. Toujours mieux. Toujours davantage.

Mais à quel prix ?

Qui a intérêt à cette définition ?

La culture de la performance profite particulièrement aux sociétés fondées sur la productivité.

Dans le monde du travail, un salarié performant travaille davantage, accepte les objectifs, culpabilise de ralentir et finit souvent par considérer l’épuisement comme normal.

L’industrie du développement personnel prospère aussi sur cette logique :

  • Devenir une meilleure version de soi-même, optimiser son temps, développer son potentiel, sortir de sa « zone de confort ».

Même les réseaux sociaux valorisent une forme de performance permanente : corps parfaits, maisons impeccables, carrières réussies, bonheur affiché.

La performance devient une norme sociale.

Et ceux qui ne suivent pas le rythme finissent parfois par se sentir insuffisants.

Comme si vivre simplement ne suffisait plus.

Ce que disent chercheurs et philosophes

Le philosophe Byung-Chul Han parle d’une « société de la performance ». Selon lui, nous sommes passés d’un monde de discipline à un monde où chacun s’exploite lui-même volontairement. Nous ne sommes plus forcés : nous nous poussons nous-mêmes à être toujours meilleurs.

Le sociologue Hartmut Rosa décrit quant à lui une accélération permanente de nos vies : tout doit aller plus vite, produire davantage, être optimisé.

Roland Gori critique une société qui réduit les individus à des indicateurs de résultats, au détriment du sens, de la relation humaine et du temps long.

Même la philosophe Barbara Stiegler questionne cette injonction contemporaine à l’adaptation permanente : pourquoi devons-nous toujours nous ajuster à un système présenté comme inévitable ?

Et si on pensait autrement ?

Remettre en question la performance ne signifie pas renoncer à progresser ou à faire des efforts.

Mais cela oblige à poser une question simple : Doit-on forcément être excellent partout pour avoir de la valeur ?

Peut-être faudrait-il réhabiliter :

  • le droit à la lenteur, le droit à l’erreur, le droit d’être simplement « assez bien », le droit au repos sans culpabilité.

Car une société qui exige la performance permanente risque d’oublier quelque chose d’essentiel : Nous sommes des êtres humains, pas des machines à optimiser.

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