Je ne connaissais pas Lyhanna. Comme la plupart d’entre nous. Et pourtant, depuis plusieurs jours, son prénom me poursuit. Onze ans. Un âge où l’on devrait encore croire que les adultes protègent. Où les plus grandes inquiétudes devraient être un contrôle à l’école, une dispute avec une copine ou le choix d’un parfum de glace un dimanche après-midi. Pas finir au cœur d’un drame qui glace un pays.
Et plus les informations émergent, plus une colère sourde monte. Parce qu’au-delà de l’horreur elle-même, une question devient impossible à ignorer : comment en est-on encore là ?
Si ce qui circule publiquement et ce que la justice devra établir se confirme, l’homme aujourd’hui accusé dans cette affaire aurait déjà fait l’objet de plaintes ou de signalements antérieurs. Et alors une question, terrible, brutale, insupportable, surgit : combien de drames faut-il avant qu’un enfant soit réellement protégé ?
Car nous connaissons déjà le scénario. Après chaque affaire, les mêmes mots reviennent. « Il faut tirer les leçons. » « Nous devons mieux protéger nos enfants. » « Plus jamais ça. » Des promesses. Des discours. Des hommages. Puis le silence. Jusqu’au prochain prénom d’enfant que l’on découvrira trop tard.
Je suis fâchée. Fâchée contre une justice qui semble parfois agir après, toujours après. Après les signalements. Après les alertes. Après l’irréparable. Fâchée contre un État qui proclame faire de la protection de l’enfance une priorité nationale mais qui donne trop souvent le sentiment d’échouer à protéger ceux qui sont les plus fragiles. Nos enfants ne devraient jamais être victimes de lenteurs administratives, de procédures saturées ou de dossiers empilés. Un enfant en danger ne peut pas attendre. Jamais.
Bien sûr, la justice doit faire son travail. Elle seule établira les responsabilités, les faits exacts et les éventuelles défaillances. Et dans un État de droit, personne ne doit être condamné avant un jugement. Mais une autre vérité existe aussi : lorsqu’un drame survient et que l’on apprend qu’il y avait déjà eu des alertes, quelque chose se brise dans la confiance collective.
Parce qu’un enfant, cela devrait être sacré. Parce qu’une société qui ne protège pas ses enfants renonce à ce qu’elle prétend être. Et parce qu’à force d’entendre « on ne pouvait pas savoir », alors même que parfois tant de choses semblaient déjà avoir été signalées, une question devient impossible à faire taire : qui protège vraiment nos enfants ?
Pour Lyhanna. Et pour tous les autres dont on ne connaît même pas les prénoms.

